Voici, en vrac, quelques remarques sur la pratique des gavottes du Centre-Bretagne, et sur ce qu'on voit (subit ?) parfois en fest-noz.

  • Une gavotte, ça se danse en rond(*)

En breton, et notamment dans le vocabulaire des personnes agées, une gavotte, c'est une dañs-tro, ou une dañs a-dro, autrement dit une "danse en rond". La mode de la farandole est une invention récente et qui n'a pas de base traditionnelle. On ne peut pas bien faire ses pas en tournant-virant dans toute la salle et on se rentre les coudes dans les côtes du voisin ou de la voisine...

En résumé, une gavotte, ce n'est pas la route de Berrien ! Les habitants de Scrignac comprendront (un peu moins ceux de Huelgoat)

(*) Pour mémoire, ce billet est consacré aux gavottes du Centre Bretagne. Ce que j'écris ici ne s'applique pas forcément, aux gavottes des terroirs plus à l'ouest du finistère.

  • Une gavotte, ça se danse sur le côté

Pas en avançant/reculant et on ne bat pas l'air avec les bras, c'est un peu ridicule et ça ne se fait pas. Si les danseurs ont de l'énergie à revendre, c'est dans les jambes qu'ils l'expriment, et uniquement dans les jambes.

  • Une gavotte, ça ne se court pas

La gavotte est une danse "sociale", dans laquelle se retrouvent toutes les générations, du berceau jusqu'à plus de 90 ans. Quand on a atteint un certain age, on ne court pas comme quand on en a 20, et bousculer les personnes agées ou les enfants, ce n'est pas dans les usages, chez les danseurs. L'énergie que l'on donne à la danse, c'est dans l'impulsion verticale, pas dans la course.

  • Une gavotte, c'est aussi une danse en couple

Si je suis un homme, la personne à droite est ma cavalière (mon épouse, si je suis marié). Alors cela peut faire très mauvais genre si une danseuse s'incruste au mileu d'un couple... Je n'ouvrirai donc pas sur ma droite, mesdames, mais me ferai un plaisir de vous accueillir à ma gauche.

  • Une gavotte, c'est un peu une compétition (mais sans EPO)

Pour les danseurs, la gavotte est l'occasion de montrer qu'on est le meilleur : Qu'on a un beau style de danse, de l'énergie, et surtout qu'on tient dans la durée... voire qu'on en redemande à la fin, comme un coureur qui tient la distance et se permet en plus un superbe sprint pour finir. Il faut être le "maout", le champion, et pas le coq, celui qui fanfaronne mais ne tient pas la durée.

Pour les danseuses, c'est pareil, mais c'est différent quand même : Les femmes, autrefois, ne pouvaient pas développer leur pas comme les hommes tout simplement parce qu'elles portaient des robes et qu'elles risquaient de les accrocher. Maintenant que les femmes portent aussi des pantalons, c'est un peu différent. Mais c'est avant tout une affaire de style.

  • Une bonne gavotte, c'est une oeuvre commune, entre chanteurs et danseurs

Heureux ceux qui connaissent le plaisir réel que l'on ressent quand on est dans la construction commune de la gavotte. Ce n'est pas facile à exprimer, mais une bonne gavotte, celle qui vous décrasse de tous vos soucis du quotidien, c'est une oeuvre collective. Il n'y a pas de bons chanteurs s'il n'y a pas de bons danseurs et réciproquement. Et si, en plus, le plancher est de la partie, c'est le nirvana...